— As-tu trouvé lacôtelette ?… C’est tante Maria qui a apporté la tarte…

— J’avais mangé avec mes amis…

Sa mère se retourne, dans sonsommeil, et son chignon croule sur l’oreiller.

— Bonne nuit…

Il n’en peut plus. Dans sa chambre,il ne fait même pas de lumière. Il jette son veston au hasard et il s’étend surson lit, enfonce la tête dans l’oreiller.

Il ne pleure pas. Il ne pourraitpas. Il cherche son souffle. Et tous ses membres tremblent, tout son corps estagité de grands frissons comme s’il couvait une grave maladie.

Il voudrait seulement ne pas fairegrincer le sommier.

Il voudrait éviter le hoquet qu’ilsent monter dans sa gorge, parce qu’il devine son père, qui ne dort presquepas, couché dans la chambre voisine, l’oreille tendue.

Une image grandit dans sa tête, unmot résonne, se gonfle, prend des proportions monstrueuses au point que toutcela va l’écraser : le Turc !…

Et cela grouille, cela pèse, celal’étouffe, le serre de partout jusqu’à ce que la fenêtre à tabatière déverse dusoleil tandis que le père de Jean, debout au pied du lit, murmure avec lacrainte d’être trop sévère :

— Tu ne devrais pas faire ça,fils !… Car tu as encore bu, n’est-ce pas ?… Tu ne t’es même pasdéshabillé !…

Et l’odeur du café, des œufs au lardmonte du rez-de-chaussée. Des camions passent dans la rue. Des portes claquent.Un coq chante.


II


La petite caisse

Jean Chabot, les coudes sur la table,repoussa son assiette et garda le regard rivé à la petite cour qu’on apercevaità travers le tulle des rideaux et dont le badigeon blanc ruisselait de soleil.

Son père l’observait à la dérobée,tout en mangeant, essayait de créer un semblant de conversation.

— Tu ne sais pas si c’est vraique le gros immeuble de la rue Féronstrée doit être mis en vente ?Quelqu’un me l’a demandé hier, au bureau. Tu devrais peut-être te renseigner…



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